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IA et UX : peut-on maintenant se passer d’un designer pour concevoir une application ?

On le sait, aujourd'hui l’IA est partout, dans les discussions, dans les logiciels et outils qu’on utilise tous les jours et forcément, dans les métiers du design.

Le métier d’UX/UI designer est particulièrement touché. Aujourd’hui, on peut demander à une IA de générer une interface, un wireframe, plusieurs versions d’un écran ou même un prototype en quelques minutes. Alors qu’un designer pouvait passer des heures à chercher une idée, maintenant c’est très facile d’avoir une première piste rapidement.

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Andréa Gil laranjo, La créativelogo Linkedin
Chargée de communication & UX/UI designerMis à jour le 28 Oct 2026

On peut se dire que c’est plutôt une bonne nouvelle ! Mais si une IA peut produire une interface en quelques secondes, à quoi sert encore un UX/UI designer pour les développements d’applications ? Et puis si on tire le trait, avec le développement massif des agents IA, les applications pourraient être de plus en plus utilisées par des machines plutôt que par des humains. Aussi, est-ce que l’avenir sera de concevoir des interfaces pour les agents IA, par l’IA ?

L’IA sait générer des interfaces, mais sait-elle designer ?

L’IA progresse super vite et ça a de sacrées conséquences sur nos métiers, parmi eux, celui de l’UX/UI designer fait partie des plus touchés. Mais du coup, qu’est-ce que ça change ?

Des interfaces générées en un clin d’œil… mais toutes pareille

Aujourd’hui, si on fait un test avec une IA, par exemple Claude Design, et qu’on lui demande de générer un site web à partir d’un petit brief client, on finit assez vite avec quelque chose de plutôt pas mal, qui semble fonctionner et qui n’est pas visuellement dégueu. Le problème, c’est que le résultat est souvent assez bateau, un peu passe-partout, et difficile à décliner ensuite.

Même si on change l’IA qu’on utilise, on retrouve presque tout le temps les mêmes structures, les mêmes blocs et des parcours quasiment identiques, le tout sans personnalité.

Un peu comme quand ChatGPT a sorti son fameux style d’affiches toutes faites. Visuellement, ça fonctionne, ce n’est même pas trop moche, mais tout se ressemble. On a l’impression de voir tout le temps la même affiche, la seule différence, c’est de savoir si on va à une après-midi bingo ou une journée vide-greniers finalement !

Tout ça, ce n’est pas forcément raté, mais ça manque d’un truc… L’humain !

Parce que oui, l’IA fonctionne principalement à partir de ce qu’elle connaît déjà. Elle repère des patterns, des structures, ce qui marche bien, puis elle réassemble le tout comme un patchwork. En gros, elle fait une moyenne de ce qu’elle a vu.

Et ça, c’est sûrement les plus grosses limites de l’IA dans le design : elle ne crée pas réellement, ne sait pas expliquer ses choix, ni proposer quelque chose de nouveau.

Un design plus accessible, pour le meilleur et pour le pire

Mais, il ne faut pas non plus sous-estimer ce qu’elle peut apporter, l’IA rend le design beaucoup plus accessible par exemple ! Aujourd’hui, quelqu’un qui n’est pas designer peut tester une idée, générer un écran ou faire une maquette rapidement sans avoir besoin d’un designer ou d’un développeur. Pour le début d’un projet par exemple, on peut faire un premier prototype en quelques minutes, le montrer, voir si ça marche ou pas, recommencer et tester autre chose. Pour un développeur ou un chef de projet qui veut voir si son idée marche avant d’y passer beaucoup de temps, c’est un vrai gain d’autonomie ! Le pendant de cela, c’est que comme tout le monde peut maintenant créer une interface en quelques clics, on risque d’en voir de plus en plus conçues sans réflexion…

Des attentes qui changent, un rôle d’UX qui se recentre

Côté business, ça change aussi les attentes ! Les clients se montrent plus pressés, parfois plus méfiants, ils peuvent se dire : « Oh mais avec l’IA, trois clics et c’est fini. » Si seulement c’était aussi simple ! Comme on le disait dans notre article sur l’importance de l’UX/UI designer, trouver une bonne idée, comprendre un besoin, chercher la bonne direction et faire des choix pertinents, ça prend du temps, et ça demande un peu de talent aussi si on veut de la qualité.

Même si une IA peut proposer dix pistes en quelques secondes, quelqu’un doit quand même les regarder et se demander :

  • Laquelle est vraiment intéressante ?
  • Laquelle répond au problème ?
  • Laquelle correspond au besoin du client ?

Et ça, c’est une partie importante du travail du designer ! Et c’est pourquoi on pense qu’ils ont encore de l’avenir :)

Pourquoi les UX designers ont encore toute leur place dans la conception d’applications ?

Bon, soyons honnêtes : l’IA sait faire des écrans, et plutôt rapidement. Mais faire des écrans et concevoir une application, ce n’est pas tout à fait la même chose !

Le design, ça commence bien avant la maquette

Derrière une maquette, il y a tout un travail avant : comprendre le sujet, les utilisateurs, le contexte, les objectifs et les contraintes. Il faut discuter avec les équipes, chercher des informations, tester des idées et parfois, remettre complètement en question la base du projet.

Et ça, une IA ne le fait pas à notre place. Elle peut sortir dix écrans en quelques secondes, mais elle ne va pas aller voir les utilisateurs sur le terrain pour comprendre ce qui les embête au quotidien. Elle ne va pas non plus lever la main en réunion pour dire : « Euh… on est sûrs que c’est vraiment ça, le problème ? »

Le design ne sert donc pas juste à faire quelque chose de joli, il sert aussi à créer de la compréhension, une émotion et même une sorte d’adhésion.

Plus l’IA produit, plus la patte humaine se remarque

Quand on regarde les parcours des UX/UI designers, on se rend compte qu’ils sont assez différents et propres à chacun. Il y en a qui viennent du print, de la communication, de la direction artistique, du graphisme, des sciences cognitives et même de l’informatique. Chacun a sa culture, ses références, sa sensibilité artistique et sa manière de voir et d’interpréter les choses. La façon de travailler, de transmettre une émotion ou de créer une direction graphique ne sera jamais vraiment la même d’une personne à l’autre, et c’est ce qui fait toute la « beauté » de chaque projet.

Derrière une bonne interface, on doit sentir qu’il y a quelqu’un qui a fait des choix, et pas juste un résultat généré parce que c’est ce qui ressemblait le plus à ce qui existe déjà. Et plus l’IA va produire, plus cette différence va être visible. Quand tout le monde utilise les mêmes outils et les mêmes modèles, les résultats finissent forcément par se ressembler.

D’ailleurs, on commence déjà à reconnaître certaines « signatures » de l’IA. Un peu comme on reconnaît la patte d’un designer, on reconnaît parfois une interface qui a l’air d’avoir été générée. Comme les fameux doigts tordus sur les images, on repère les mêmes blocs aux bords arrondis, les mêmes dégradés et les mêmes structures un peu partout. Bien sûr, ça va devenir de plus en plus subtil à mesure que les outils progressent… mais l’IA continuera de faire une moyenne de ce qu’elle a déjà vu.

Alors non, l’UX designer n’est pas près de disparaître ! Il va sûrement utiliser l’IA pour aller plus vite sur certaines tâches, mais le cœur du métier reste le même : comprendre, faire des choix et donner du sens. Et ça, ce n’est pas (encore) en trois clics qu’on l’obtient.

Et si les développeurs s’occupaient de l’UX ? Pas si simple…

Il y a aussi une réalité un peu moins fancy, mais qu’il ne faut pas oublier. Quand il n’y a personne pour vraiment s’occuper du sujet UX, les développeurs ne vont pas forcément prendre le temps de s’attarder sur chaque écran.

Dans un vrai projet d’application, avec des deadlines et des priorités qui changent toutes les semaines, on ajoute une fonctionnalité, puis une autre. On rajoute un bouton parce qu’il reste un peu de place, une pop-up parce qu’il faut afficher une information. Et petit à petit, l’interface grossit… On part d’un tableau avec trois boutons et, quelques mois plus tard, on se retrouve avec cinquante colonnes et une dizaine de boutons regroupés dans un coin de l’écran.

Ce n’est pas forcément parce que quelqu’un a mal fait son travail, c’est simplement que l’UX n’est pas toujours la priorité quand il faut livrer rapidement. Et quand personne n’est là pour dire « euh, attends, on en a vraiment besoin ? », l’interface peut rapidement partir dans tous les sens.

Prendre du recul sur l’interface et son évolution, ce n’est tout simplement pas le métier des développeurs ! Leur job, c’est de construire une application solide et fonctionnelle, et c’est déjà beaucoup. Alors on pourrait se dire qu’il suffit de confier cette réflexion à une IA… sauf qu’on retombe sur les limites dont on parlait juste avant : des écrans qui ne collent pas vraiment aux besoins des utilisateurs, voire des fonctionnalités dont personne n’avait besoin. Une IA peut parfaitement générer un écran en quelques secondes. Mais si personne ne s’est demandé avant à quoi il sert, on a simplement gagné du temps pour fabriquer quelque chose d’inutile…

Quelle est la valeur ajoutée des UX/UI dans les projets d’applications ?

On pense souvent que l’objectif du designer, c’est de remplir, d’ajouter des décorations pour rendre une application plus digeste et plus jolie. Eh bien en fait, c’est tout l’inverse !

La valeur du designer, c’est surtout d’enlever ce qui n’est pas utile, de garder la clarté et de ne jamais perdre de vue l’objectif de chaque écran. En intervenant dès le début du projet, il connaît les utilisateurs, leur métier et leur environnement. Et tout ça se joue souvent sur des petits détails : rendre la donnée compréhensible, hiérarchiser l’information, guider la décision.

Un bon exemple de ce qui arrive quand on oublie ces principes ? Le fameux dashboard. C’est souvent la première chose qu’on montre au client et la dernière qu’on développe. Un bel écran plein de graphiques, avec des camemberts, des courbes, des chiffres partout et de jolies couleurs (on en prend plein les yeux !). Ça fait sérieux… mais en réalité, le client n’a parfois besoin que de trois ou quatre indicateurs clés. C’est là que l’UX a un vrai rôle à jouer : poser la question du « pourquoi » avant celle du « comment ».

Garder la clarté, c’est aussi éviter les ruptures d’ergonomie à répétition, quand une mise à jour change toute l’interface juste pour montrer qu’on a « fait évoluer » l’outil. Le designer prend du recul et apporte un regard différent sur le projet, ce qu’une IA ne fera pas à sa place.

Et l’IA dans tout ça, on en fait quoi ?

Attention, ne fermez pas du tout la porte à l’IA ! Elle peut par exemple faire gagner beaucoup de temps sur les tâches pénibles et répétitives du quotidien d’un UX designer :

  • renommer des calques ;
  • créer des variables ;
  • nettoyer des styles Figma ;
  • générer certaines variantes.

Bref, tout ce qui prend du temps mais ne demande pas une grande réflexion créative. Et c’est autant de temps récupéré pour la partie créative, celle qui a encore de beaux jours devant elle.

Parce qu’au fond, c’est la diversité des regards qui fait avancer le design. Si on a partout la même chose, la même culture graphique, on ne grandit plus, on ne teste plus, on n’avance plus… et on se retrouve avec un amas de designs identiques.

L’IA, elle, peut devenir un super assistant… à condition de rester à sa place ! Après, tout ce qu’on vient de dire précédemment, c’est valable aujourd’hui, tant que les interfaces sont utilisées par les humains. Alors, comme on le demandait en intro : les applications de demain devront-elles être conçues pour des agents IA ?

L’UX des applications futures sera-t-elle conçue pour les agents IA ?

Petite question qui fâche : est-ce que ça a encore du sens de travailler l’UX si, demain, la majorité de ce qu’on fait passe par un chat qui pilote lui-même les applications à notre place ?

On voit déjà de plus en plus de trafic web généré par des agents IA plutôt que par des humains. Et honnêtement, impossible de prédire où tout ça va nous mener, tellement ça bouge vite…

Nous, on pense quand même que l’interface visuelle a encore de l’avenir et qu’elle ne va pas disparaître. Même si la machine fait une partie du travail, il y aura toujours un humain derrière pour se projeter, voir les informations et vérifier que tout est correct.

On peut d’ailleurs comparer ça avec le retour du terminal chez les développeurs, grâce aux outils IA en ligne de commande. C’est puissant, c’est rapide… mais ça reste réservé aux initiés. On ne voit pas vraiment nos grands-parents faire leurs courses en ligne de commande ! Une application grand public, elle, doit rester accessible à tous.

Le chat n’est peut-être qu’une étape vers autre chose. On pourrait très bien se retrouver avec plusieurs façons d’utiliser une même application : une interface visuelle pour l’humain, une interface conversationnelle pour certains usages, et des agents capables d’interagir directement avec le système.

Le travail de l’UX ne disparaît donc pas, il évolue. Mais concrètement, comment on conçoit, aussi, pour des agents ?

Quelles bonnes pratiques UX pour les agents IA ?

Soyons honnêtes : il n’y a pas encore de recette toute faite ! Le sujet est trop récent pour avoir des pratiques vraiment stabilisées, un peu comme pour l’IA générative dans le design. Mais on a quand même quelques pistes, et les voici :

  • Le langage plutôt que la navigation : comme avec le terminal, on voit revenir l’idée de chercher une fonctionnalité en tapant plutôt qu’en fouillant dans des menus. Moins de clics, plus de langage, une action directe plutôt qu’un parcours visuel. C’est exactement la logique d’une interface pilotée par un agent !
  • Des interfaces claires et explicites : des boutons bien nommés, des libellés compréhensibles, une information bien hiérarchisée. Un bouton « Valider la commande » est compréhensible par tout le monde, humain comme machine. Un bouton « OK » perdu au milieu de trois autres, beaucoup moins !
  • L’humain garde la main sur les décisions importantes : si un agent peut passer une commande ou supprimer des données, il faut prévoir les moments où l’utilisateur vérifie et valide avant que ce soit trop tard.
  • Et toujours, comprendre le métier : le principe reste finalement le même qu’avec des humains. Avant de designer quoi que ce soit, il faut comprendre les besoins réels.

En fait, une interface accessible et bien structurée pour un humain a de bonnes chances d’être aussi plus lisible pour une machine. Les bonnes pratiques UXL'UX signifie "user experience" et définit l'ensemble des éléments permettant l'utilisation du site web de façon optimale. qu’on applique déjà pourraient donc devenir encore plus importantes demain.

L’IA va changer le métier, pas remplacer l’UX designer

Finalement, l’arrivée de l’IA ne change peut-être pas tant que ça le cœur du métier des UX designers : ce qu’elle change surtout, c’est la manière de produire.

Un designer peut aller plus vite, tester plus d’idées et automatiser les tâches répétitives pour se concentrer sur la partie créative. Mais il faut toujours quelqu’un pour comprendre le problème, connaître les utilisateurs et faire des choix. Et ça, ce n’est toujours pas en trois clics qu’on l’obtient !

Dans un monde où tout le monde peut générer une interface, ce qui fera la différence, c’est le parti pris. Plutôt que de courir après chaque tendance, un bon produit se concentre sur son objectif et l’assume.

Et demain, si les agents IA deviennent vraiment une nouvelle façon d’utiliser les logiciels, le métier évoluera encore. Un peu comme à l’arrivée des logiciels Adobe, quand les graphistes ont dû laisser tomber leurs cutters pour passer au vectoriel. Au début, c’était compliqué, puis c’est devenu une vraie libération. Le fond est resté le même, seul l’outil a changé.

Il faudra peut-être concevoir pour des humains et pour des machines. Mais dans les deux cas, le point de départ reste le même : écouter le besoin réel.

Et ça, pour l’instant, on peut encore le faire mieux que Claude :)