
On n’a jamais vu un DSI être viré pour avoir choisi Microsoft. On s’excuse de commencer cet article sur l’indépendance numérique du SI par une telle banalité, mais elle est le reflet d’un vrai défi pour la gouvernance IT : réussir la transition vers des logiciels open source et affranchir l'entreprise de la dépendance aux GAFAM, ce n'est toujours pas un sujet facile à porter en interne !
Dans une stratégie SI, on juge souvent un outil sur son prix d'entrée, sa prise en main, ses fonctionnalités ou la beauté de son interface. Beaucoup plus rarement sur le coût réel de sa réversibilité, notamment ce que ça coûterait d'en sortir le jour où la souveraineté numérique de l'organisation devient une priorité.
On en a discuté lors d’un épisode de podcast avec Pierre-Yves Gosset , coordinateur des services numériques de Framasoft, qui milite depuis plus de 20 ans pour un numérique plus libre (et qui a des convictions bien affirmées sur le sujet, vous allez voir :)). Pour lui, la réversibilité a un prix. Il existe dès la signature du contrat, et il grossit tranquillement tant que personne ne va vérifier.
Mais alors, comment prendre le sujet de l’indépendance numérique de son SI à bras le corps, et comment sortir des GAFAM (ou en tout cas, essayer pour quelques outils) ? Voici quelques éléments de réponse ici en 5 étapes, en espérant que ça puisse vous inspirer dans vos SI !
Avant de se demander « par quoi je remplace Teams », il y a peut-être une question plus utile à se poser : qu'est-ce qu'on a réellement à remplacer, et à quel prix ? La méthode que cite Pierre-Yves Gosset tient sur une feuille de papier (ou un Excel pour ceux qui n’ont pas encore sauté le pas de remplacer Microsoft !).
L'idée : lister ses logiciels, matériels et infrastructures cloud, puis les positionner sur deux axes, la criticité pour l'activité et la difficulté à en sortir. Et se poser franchement la question qu'on évite en général en réunion budget : combien ça coûterait de partir de chaque brique, aujourd'hui, à froid ?
Petit aparté cloud/infra: La souveraineté numérique, sur le cloud, se joue en réalité sur deux tableaux qu'on confond souvent. Il y a la question juridique d'abord : avec le CLOUD Act américain, une filiale française d'un géant US peut (en théorie) se voir réclamer l'accès à des données même hébergées en Europe. D'où les projets de "cloud de confiance", qui gardent la techno des hyperscalers mais ajoutent une couche juridique tricolore par-dessus. Sauf que cette couche ne règle rien côté technique. On peut très bien être hébergé chez l'acteur le plus souverain qui soit et rester pieds et poings liés si son appli est construite autour de services managés propriétaires. Le jour où on veut partir, ce n'est plus juste changer d'hébergeur, c'est réécrire des bouts entiers d'application, et plus le service est confortable, plus la note de sortie est salée! Et pour pousser le sujet de la souveraineté dans le cloud, on en a disucuté longuement avec Bastien Vigneron!
Bref, ce qui ressort de cet exercice d’audit du SI, selon lui, est souvent surprenant. Des outils qu'on pensait secondaires se révèlent verrouillés depuis des années sans que personne ne l'ait jamais dit à voix haute. D'autres, jugés critiques, se quittent en fait plus facilement qu'on ne le pensait. La question se pose d'ailleurs de plus en plus pour les nouveaux usages d'intelligence artificielle : le futur de l'IA peut-il se faire sans les GAFAM ? En faisant l'inventaire aujourd'hui, vous évitez de créer la même dépendance avec les LLM propriétaires qu'avec votre suite bureautique il y a dix ans. Ça prend quelques heures pour une petite structure, quelques jours pour une plus grosse. En vérité, ce n'est pas tant le tableau final qui compte que le fait de mettre enfin un chiffre sur un risque que tout le monde sentait sans jamais l'avoir écrit noir sur blanc.
Techniquement, on peut migrer à peu près n'importe quoi. Ce qui freine, c'est plutôt que la personne qui décide de migrer porte tout le risque en cas de pépin, et pas grand-chose si tout se passe bien. Rester chez Microsoft n'engage personne... Changer et trébucher un peu, ça par contre revanche, ça se voit tout de suite !
Ce que ça veut dire, c'est que présenter l'émancipation des GAFAM comme un choix technique que la DSI tranche seul dans son coin, c'est sans doute se compliquer la vie. Le porter au niveau du comité de direction, avec un sponsor qui partage un peu le risque, ça change probablement la donne. Et de manière générale, impliquer du monde dès le début du processus, c’est s’assurer d’une bonne adhésion lors du changement en tant que tel.
Sur la manière de procéder d'ailleurs, Pierre-Yves Gosset penche plutôt pour arracher le pansement d'un coup que pour étaler le changement sur des mois, quitte à ce que ça grince un peu au début. Son argument : le progressif rassure sur le papier, mais dans les faits, chaque petit accroc relance la discussion et on ne tourne jamais vraiment la page.
Un piège qui revient souvent : croire qu'on a « internalisé » un projet parce qu'on l'a confié à des prestataires plutôt qu'à un grand éditeur. Pierre-Yves Gosset pointe le même travers jusque dans les projets de l'État ! Les outils de la Suite numérique portée par la DINUM sont aujourd'hui développés en bonne partie par des indépendants sous contrats de prestation, pas par des équipes recrutées durablement. Sa crainte : que la compétence s'évapore au premier coup de rabot budgétaire, un peu comme l'administration a perdu ses informaticiens internes dans les années 90 en généralisant l'achat de licences.
Ça vaut peut-être le coup de se poser la question en interne : qui, chez nous, saurait encore faire tourner cet outil dans trois ans si le prestataire actuel disparaissait du jour au lendemain ? Si la réponse tarde à venir, c'est peut-être le signe qu'on a juste déplacé une dépendance plutôt que de l'avoir vraiment réduite.
Un logiciel libre qui fonctionne bien ne tombe pas du ciel, quelqu'un l'entretient (souvent avec beaucoup moins de moyens qu'on ne l'imagine). Pierre-Yves donne deux exemples qui parlent d'eux-mêmes :
Sa lecture est la suivante : traiter cette contribution comme un simple geste sympathique, c'est sous-estimer ce qu'elle représente vraiment, une forme d'assurance. On paie pour que l'outil dont on dépend reste vivant et maintenu par plus qu'une seule personne épuisée. Ne rien payer dans le monde du logiciel libre, c'est un peu parier que quelqu'un d'autre s'en chargera à notre place.
Dernier point qu'il met en avant, et qu'on trouve souvent sous-estimé : la séquence compte autant que la volonté. Il prend l'exemple de la gendarmerie nationale, qui a basculé ses postes sous Linux et LibreOffice il y a plus de dix ans, en profitant d'un renouvellement de matériel (le passage aux écrans plats, rien que ça) pour faire accepter les deux changements en même temps. La DINUM semble suivre une logique assez proche aujourd'hui, en visant d'abord le poste de travail plutôt que de chercher à concurrencer chaque fonctionnalité des suites propriétaires en une fois.
Traduit pour un SILe SI désigne le système d'informations d'une organisation. d'entreprise : plutôt que de vouloir tout reprendre en même temps (et s'épuiser au passage), mieux vaut sans doute repérer la couche qui conditionne tout le reste, souvent le poste de travail ou l'authentification, et s'y concentrer, quitte à cohabiter encore un moment avec du propriétaire ailleurs.
L'idée n'est clairement pas de bannir les GAFAM de son SI du jour au lendemain, ni très réaliste ni forcément souhaitable à court terme. C'est plutôt d'essayer de faire remonter à la surface un coût qui existe déjà mais que personne ne chiffre vraiment : celui de la réversibilité. Une fois qu'on l'a mis en lumière et qu'on le porte à plusieurs, la question change un peu de nature. Elle ne se pose plus vraiment comme « faut-il migrer », mais plutôt comme : combien est-on prêt à payer aujourd'hui pour ne pas se retrouver coincé demain ? À vous de voir où vous mettez le curseur :)
La souveraineté numérique est devenue un enjeu majeur dans un monde où les données et les infrastructures technologiques jouent un rôle central dans la vie quotidienne, aussi bien pour les individus que pour les entreprises ou les États. Concrètement, elle se définit comme la capacité à contrôler entièrement ses infrastructures sans dépendre de solutions étrangères. C’est un défi complexe à relever dans un contexte de mondialisation et d'interdépendance technologique croissante ! Pour les entreprises de développement, en particulier, cette souveraineté représente bien plus qu'une question de cybersécurité ou de protection des données personnelles : elle touche à l'indépendance technologique et à la maîtrise des outils stratégiques. Dans cet article, nous nous intéresserons à l’importance de la souveraineté numérique, notamment face à la domination des géants du cloud, et comment des pays comme la France tentent de préserver leur autonomie dans ce secteur.
Avant de vous parler IA et GAFAM, petit disclaimer : on ne fait pas de politique, et cet article n'est pas là pour vous prouver par A plus B que les GAFAM vous veulent du mal. Aujourd'hui on va prendre un angle plus stratégique et essayer de réaliser l'impossible : prédire le futur de l'IA. Quelles sont nos options dans un monde où l'IA prend une place écrasante dans nos vies (et nos SI !) ? Est-il possible d’imaginer une IA libre, sans les GAFAM ?
Pourquoi et comment paginer ses listes et tableaux ? Ne pas récupérer des données qui n’ont pas d’utilité immédiate. On vous explique tout !