
Dans les PME et ETI en croissance rapide, le système d'information est rarement une priorité, jusqu'au jour où il devient un problème. Cyberattaque, impossibilité de traiter les commandes, données non fiabilisées… Les signaux d'alerte s'accumulent, sont ignorés, jusqu'au point de rupture.
Un SI mal structuré ne fait pas que ralentir le quotidien. Il freine activement la croissance de l'entreprise, l'expose à des risques sous-estimés et engendre des coûts cachés bien plus importants que ce qu'aurait coûté un investissement en amont !
Dans le dernier épisode du podcast AXOPEN, Denis Lapierre, DSILa DSI est la direction des systèmes d'informations d'une organisation. de transition et fondateur du cabinet Alizé, dresse un état des lieux sans détour de la réalité des systèmes d'information dans les ETI, et partage les premières actions concrètes pour reprendre la main avant la crise.
Dans une PME/ETI en hypercroissance, le système d'information n'est jamais la priorité. On vend, on livre, on recrute... Et l'informatique suit tant bien que mal. On ajoute un outil ici, un abonnement SaaS là, une feuille Excel pour faire le lien entre les deux. Ça fonctionne jusqu'à un certain point !
Le vrai problème, c'est que ce point de rupture est rarement prévisible, ou alors on préfère mettre le problème sous le tapis. Le Comex ne parle pas du SI jusqu'au jour où il vient casser la croissance. Et à ce moment-là, c'est déjà la crise au sein de votre PME !
Les déclencheurs peuvent être multiples : une cyberattaque, l'impossibilité de traiter un volume de commandes en forte hausse, une erreur de facturation généralisée, ou simplement des équipes qui perdent un temps fou à compenser les lacunes des outils. Dans tous les cas, le constat est le même : on a trop attendu.
Dans beaucoup d'ETI, ce qu'on appelle "le système d'information" n'en est pas vraiment un. C'est plutôt une accumulation de solutions choisies à la va-vite, par des personnes différentes, à des moments différents, sans vision d'ensemble.
Concrètement, un SI non structuré dans une entreprise en croissance, ça donne :
C'est une conséquence directe de la croissance rapide : la vitesse laisse le SI sur le côté, et il évolue de façon chaotique sans qu'on s'en rende vraiment compte. Et c'est bien là le danger !
Il y a une raison simple à ce décalage : le système d'information ne génère pas de revenu visible. Il ne figure pas dans les tableaux de bord commerciaux des ETI. Pendant longtemps, dans la plupart des entreprises, la DSI était d'ailleurs rattachée au DAF, voire aux moyens généraux. Autrement dit, perçue comme un coût à contenir, pas comme un levier de croissance.
Sauf qu'aujourd'hui, aucune entreprise en croissance, que ce soit une PME ou une ETI, ne peut se développer sans que son SI évolue en parallèle. La gestion des opérations, la relation client, la maîtrise des données, la conformité réglementaire : tout repose sur des briques technologiques. Et si ces briques ne sont pas cohérentes, sécurisées et scalables, la croissance finit par buter dessus.
C'est précisément le rôle d'un DSI, ou d'un DSI de transition dans les ETI, d'anticiper ces besoins avant qu'ils ne deviennent des blocages.
On a tendance à ne voir que les coûts directs de l'informatique : licences, infrastructure, prestataires. Mais les coûts d'un SI mal structuré sont ailleurs, et souvent bien plus lourds :
Le temps perdu : Des équipes qui ressaisissent des données, qui cherchent une information dans trois outils différents, qui s'envoient des fichiers Excel en guise de reporting. Des petites choses qui se cumulent et qui, à la fin, représentent un chiffre très conséquent.
Les erreurs et leur impact client : Une commande mal traitée, une facture erronée, un délai non respecté… Quand les processus reposent sur des rustines, les erreurs se multiplient. Et c'est la relation client qui en prend un coup.
Le risque cyber : Une ETI sans politique de sécurité structurée est une cible facile. Le coût d'une cyberattaque (arrêt de production, frais de remédiation, perte de données, atteinte à la réputation) dépasse souvent largement ce qu'aurait coûté une mise à niveau préventive du SILe SI désigne le système d'informations d'une organisation..
La perte de talents : Des collaborateurs qui travaillent avec des outils inadaptés, qui passent leur temps à compenser les lacunes du système d'information plutôt qu'à créer de la valeur : c'est un facteur d'usure et de démotivation bien réel.
La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a pas besoin d'un grand plan de transformation du SI à 18 mois pour reprendre la main. La première étape est bien plus simple : dresser une photographie honnête de l'existant au sein de son ETI ou de sa PME en tant que DSI.
Concrètement, il faut répondre à quelques questions clés :
Cette cartographie du système d'information, qu'on peut construire en quelques semaines à travers des entretiens avec les directeurs métiers, donne une vision claire de la réalité. On s'éloigne de la théorie pour se rapprocher du terrain !
Elle permet ensuite de prioriser : qu'est-ce qui est urgent pour soutenir la croissance, qu'est-ce qui peut attendre, et où concentrer les premiers efforts pour un impact maximal ?
Les entreprises qui s'en sortent le mieux ne sont pas celles qui ont les SI les plus sophistiqués. Ce sont celles qui ont fait des choix conscients et cohérents au bon moment, souvent portés par un DSI proche du dirigeant.
Ce responsable SI a un rôle clé : anticiper les besoins, arbitrer entre les options, et s'assurer que le système d'information accompagne la stratégie de croissance plutôt qu'il ne la suive à distance.
Il contribue aussi à aligner le Comex sur les enjeux digitaux avant de lancer des projets. Parce qu'une transformation SI sans alignement de la direction est condamnée à rester un projet de DSI, pas un projet d'entreprise.
Et il garde les équipes au centre du dispositif, plutôt que de tout déléguer à des prestataires externes. Parce qu'un beau projet bien livré que personne ne sait faire vivre en interne, ça n'a aucune valeur durable.
Votre système d'information n'est pas uniquement un sujet technique, c'est aussi un sujet de direction. Et comme tout sujet stratégique, il mérite d'être traité avant que la situation ne nous y oblige. Si vous attendez que le SI vienne freiner votre croissance pour vous en préoccuper, vous paierez le prix fort : en temps, en argent, et en opportunités manquées.
La bonne question à se poser aujourd'hui n'est pas "est-ce que mon SI fonctionne ?" mais "est-ce que mon système d'information est en mesure d'accompagner ce que je veux construire dans les trois prochaines années ?" Si vous n'avez pas la réponse, c'est probablement le bon moment pour aller la chercher ! Pour approfondir le sujet, écoutez l'épisode complet du podcast AXOPEN avec Denis Lapierre.
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